Yamadori, prélever des arbres extraordinnaires dans la nature

La nature sauvage a cette capacité de créer des arbres aux formes extraordonnaires qui attirent les amateurs de bonsais. L'idée d'aller récupérer ces arbres pour les mettre en pot est tentante, surtout que parfois nous pouvons croiser de véritables bonsai naturels. Pourtant ce n'est pas la voie la plus simple de créer un bonsai, car elle nécessite le plus de technique et d'expérience pour réussir.

Faire un bonsai à partir de yamadori, prélèvement dans la nature

Pourquoi faire du Yamadori ?

Le Yamadori est le mot qui désigne l'action de prélever des arbres dans la nature. Il s'agit d'un mot japonais composé de YAMA (山) signifie montagne et du verbe TORIMASU (採ります) qui a le sens de cueillir, ramasser. A l'origine le Yamadori c'est simplement aller dans la montagne prélever des arbres. Il est courant de lire qu'il s'agit de la voie de la montagne. C'est une erreur qui vient probablement de la confusion avec le mot japonais DORI (道) signifie la voie ou la route. Il ne s'agit donc pas d'un chemin spirituel qui mène à la recherche d'arbre dans la montagne, mais tout simplement d'aller se servir dans le stock que la nature a mis des centaines d'années à créer.

Car c'est là tout l'intérêt du Yamadori, trouver des arbres de caractère qui ont réussi à survivre dans des conditions extrêmes. En poussant dans la roche, avec très peu de substrat et d'eau, des vents forts et des chutes de neige, ces arbres souffrent et essayent de lutter contre les éléments. Ils prennent ainsi des formes parfois surprenantes, ils se recroquevillent sur eux même et portent sur eux de nombreux bois morts qui sont les stigmates de cette vie de souffrance.

Ces arbres ont une histoire à raconter, ils ont ce caractère que l'on recherche dans un bonsai. Ce n'est pas pour autant que le Yamadori est la voie royale pour créer un bonsai. Il serait pourtant rédhibitoire de penser que le summum du bonsai est un Yamadori. Il faut plutôt voir cela comme un certain type de bonsai, une certaine esthétique dans laquelle on glorifie le chaos merveilleux que seule la nature peut arriver à produire.

Plus l'arbre est vieux, et plus ces branches arrachées, ces troncs écorcés, ces formes tournoyantes évoquent l'idée de lutte.

En tant qu'amateur de bonsai nous pouvons essayer de reproduire ces magnifiques bois morts, mais cela ne restera toujours qu'une pâle imitation. Tout ce qui est fait par la main de l'homme ne peut ressembler à ce qui est fait par celle de la nature. Ces formes et ces bois ont été sculptés par des décénnies, voir des siècles de survie dans les environnements les plus impitoyables. Il est difficile de rester insensible devant de tels arbres qui ont cette volonté de continuer à exister.

Les arbres de montagne et les autres...

La signification originelle du bonsai est d'aller prélever des arbres de caractère dans la montagne. Mais il est possible de trouver de beaux spécimens à prélever dans les plaines et même en ville. Certes ils n'auront pas forcément le caractère des arbres de montagne, mais le bonsai ne se limite pas uniquement à représenter des arbres vivant sur les sommets enneigés.

Il n'y a pas que les conditions climatiques extrêmes qui permettent de façonner des arbres aux formes intéressantes. Je me souviens par exemple de ces hêtres dont les pousses printannières d'un vert tendre étaient systématiquement broutées par les moutons, pendant des décennies. Cela donne des formes étonnantes et parfaitement adaptées à faire du bonsai.

Les haies bocagères ou tout simplement les haies de jardin cachent parfois des trésors. Il est possible de trouver des charmes, des aubépines, des pruneliers qui ont été taillées pendant des decennies. Avec le temps le tronc a grossis tout en conservant une belle conicité.

Aspect légal du Yamadori

Il est strictement interdit de prélever un arbre ou un arbuste sans avoir l'autorisation du propriétaire. De façon plus générale, il est théoriquement interdit de ramasser quoi que ce soit en forêt (champignons, chataignes, petits plants, ...) même si dans la pratique il a une certaine tolérance. Voir l'Article L331-2 du Code Forrestier : la coupe ou l'enlèvement d'arbres ayant 20 centimètres de tour et au-dessus est puni d'une amende de 45 000 euros.

Le Yamadori ce n'est pas du pillage de la nature, et les choses doivent êtes faites dans les règles.

Si le terrain ne vous appartient pas, il faut demander une autorisation préalable. Une aurorisation orale ne suffit pas, vous devez posséder une lettre écrite car en cas de contrôle il vous faudra justifier la légalité du prélèvement.

  • le terrain est privé, vous devez demander l'autorisation du propriétaire ;
  • le terrain est public, il vous faut l'accord du Maire de la commune et éventuellement de l'ONF

Le Yamadori c'est aussi un métier

Il ne faut pas croire que l'on voit des arbres torturés prêts à être prélevés en bordure de chemin de randonnées. Les beaux arbres sont rares et sont souvent difficilement accessibles. Ils poussent dans des terrains parfois extrêmes, ils sont ancrés dans la roche. Et la plupart des beaux arbres que l'on voit ne sont tout simplement pas prélevables. Essayer serait avoir un risque trop important de tuer l'arbre.

Au Japon les génévriers Shimpaku poussant dans les montagnes sont en voie d'extinction. En un siècle, des milliers ont été prélevés, souvent sans aucune connaissance sur comment faire reprendre un arbre. Beaucoup sont morts, quelques-uns ont survecus.

Le yamadori consiste à prélever dans la nature des arbres ayant des qualités (tronc, écorce craquelée, bois mort ou shari) pour être transformé en bonsaï.

Il y a donc forcément quelques préjugés envers le yamadori et ses excès. Tout est question de raison et de respect de l'environnement. Le yamadori ne doit pas laisser d'emprunte dans le paysage.

Prélever un arbre a toujours un part de risque, et le rôle du professionnel est de savoir estimer cette part de risque. Une expertise basée sur son expérience.

On s'improvise difficilement préleveur d'arbre. On apprend à prélever avec d'autres personnes, qui elles même ont appris avec d'autres. C'est un métier difficile, physique et technique. Nous avons la chance d'avoir quelques profesionnels qui font bien ce travail et qui revendent des arbres qui sont parfaitement acclimatés à leur nouvelle vie en pot.

Bruno, alias Vital Bonsaï
Avant tout, un passionné de bonsaï
Le bonsaï peut parfois paraitre complexe et déroutant, surtout pour les débutants. Je te donne des conseils pratiques avec surtout de bonnes bases de culture pour que tu puisses progresser dans cet art.
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